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Interview d'Alain Barcat, Président du CRGE de Nouvelle Aquitaine

Alain Barcat La Faabrick Cherdet

2018 aura décidément été une année jalonnée de belles rencontres pour les Cherdet.

Le lundi 26 novembre 2018, nous avons eu la chance d’interviewer Monsieur Alain BARCAT, président du centre de ressources pour les groupements d'employeurs (CRGE) de Nouvelle Aquitaine, accompagné de Monsieur Etienne LECHAT, juriste au CRGE. En déplacement à Paris pour rencontrer Monsieur Pierre-André IMBERT, conseiller social du Président de la République, pour faire avancer la cause des GE, nous les remercions de nous avoir accordé de leur temps précieux.

 

Monsieur BARCAT bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bonjour, je suis chef d'une petite entreprise de tourisme sur l'île d'Oléron, et président du GLEMO, le groupement d'employeurs Marennes-Oléron. Je suis également devenu le président du centre de ressources pour les groupements d'employeurs de Nouvelle-Aquitaine il y a maintenant quelques années.

 

Vous êtes donc président d'un groupement d'employeurs, et d'un CRGE, pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu'est un centre de ressources pour les groupements d’employeurs ?
C'est une association qui est soutenue par l'Etat et la Région et qui va donner des informations, des conseils, des services aux groupements d'employeurs, à la fois avant leur création, mais aussi pendant leur développement, en les aidant à se professionnaliser.

 

Votre CRGE accompagne donc des groupements d'employeurs au quotidien, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les différents types de services que vous proposez ?
Dans l'ordre, notre CRGE propose des études de faisabilité pour la création d’un groupement d’employeurs, et des conseils pour la mise en place des groupements une fois cette étude faite. Nous disposons également d’un service juridique d'assistance au quotidien. 

En plus de ces conseils et services, nous pouvons mettre à disposition des GE adhérents des services optionnels comme un service de gestion social/RH. Les groupements d'employeurs peuvent ainsi, s’ils le souhaitent, nous confier la gestion de la paye de leurs salariés. 

 

Vous avez aujourd’hui un rendez-vous avec le conseiller social de l’Elysée, Monsieur Imbert, vous avez également une dimension lobbying ?
Tout à fait, nous assurons la promotion des groupements d'employeurs, expliquons dans tous les cercles possibles, ce que c'est, à quoi sert un GE, les services qu’il peut rendre … Il s’agit là du « développement interne ». Nous sommes aussi là pour recueillir auprès des groupements d'employeurs leurs pratiques, leurs soucis, leurs inconvénients, et les formaliser pour faire évoluer les textes qui les régissent. Nous avons rédigé un livre blanc qui est actualisé au fur et à mesure des années et des événements, et aussi des conquêtes que l’on a pu faire. Il s’agit là du « développement externe ».

Nous nous intéressons également aux salariés des groupements d'employeurs, donc aux "forces vives" des GE, et on s’attèle à travailler sur la mise en place de dispositifs qui ne sont pas inclus dans les conventions collectives classiques. En effet, ces conventions collectives ne traitent quasiment pas la mise à disposition en temps partagé. C'est pourquoi nous avons travaillé sur ce sujet et fini par conclure un accord collectif régional des salariés de groupement d'employeurs, signé le 22 novembre 2018, qui va s'appliquer sur le périmètre de la nouvelle Aquitaine, du moins dans un premier temps.

 

Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur cet accord, pas toutes les dispositions bien sûr, mais quelques dispositions phares de cet accord avec les organisations syndicales ? Quelles dispositions vraiment sont ressorties ?
La première chose c'est l'installation d'un dialogue social. C'est difficile à générer dans un groupement d'employeurs car les salariés sont mis à disposition de différentes entreprises et de ce fait, ils se regroupent assez rarement. Leur représentation est donc plus difficile. 

Sur le fond, l’accord contient des aspects du temps partagé qui ne sont pas considérés dans les conventions collectives classiques, comme la prise en charge des frais de déplacements entre les différentes entreprises qui composent le groupement d'employeurs, ou encore l'intégration du salarié du GE dans les entreprises adhérentes.

L’accord a repris et réuni les bonnes pratiques de certains groupements d'employeurs. Quand le salarié arrive dans une entreprise où il est mis à disposition, l’objectif est qu’il soit intégré comme un vrai salarié de cette entreprise. Il faut donc lui communiquer tous les éléments sur la sécurité, la vie interne de l'entreprise, et lui communiquer un calendrier et des horaires de mise à disposition.

 

Cet accord traite la question de la charge de travail ?
Tout à fait. Par exemple, l’accord prévoit que la fiche de poste doit être bien précisée. Ainsi, quand le salarié change d’entreprise adhérente, celle-ci a toutes les informations utiles sur le salarié. C'est une relation "tripartite" que l’on a aussi voulu mieux formaliser. 
Nous avons également abordé dans l’accord la question de l’égalité de traitement entre les salariés du GE mis à disposition des entreprises adhérentes et les salariés permanents de celles-ci. Cette question est déjà présente dans le code du travail mais de manière très légère, on vient donc la préciser. 

 

Toujours sur cette question de la charge de travail, privilégiez-vous un type de fonctionnement horaire, comme par exemple le forfait jour ou le forfait heure ?
On ne privilégie pas, on adapte. D'abord, tous les salariés ne veulent pas un temps plein ; certains veulent un temps partiel. Dans mon groupement par exemple, certains salariés veulent un temps partiel parce que c'est un complément de revenu, un complément de retraite parfois… En réalité, il existe une pluralité de situations.  On peut avoir un salarié qui va être mis à disposition de deux entreprises en même temps ou dans deux entreprises à deux saisons différentes. On peut aussi avoir un salarié qui va être mis à disposition de 6 ou 7 entreprises selon ses compétences. Je prends l'exemple de petits artisans qui ont souvent besoin d'une secrétaire qui va faire les factures ou les retours de paiements, pendant une demi-journée par semaine dans chaque petite entreprise.

Après il y a l'autre aspect des groupements d'employeurs, c'est ce que je vais appeler la capitalisation des compétences, avec les formations des salariés, pour préparer leur employabilité. Car souvent dans les territoires il y a une variation d'activité selon les différents secteurs, et c'est ce que gère le groupement d'employeurs en formant les salariés sur ces différents secteurs, notamment pendant les intermissions.

Dans un GE, vous devez connaître et comprendre les besoins socio-économiques de votre territoire. Pour l'anecdote, quand je siège au conseil d'administration de mon groupement sur l’île d’Oléron, la première chose que je fais avec les représentants de l'ostréiculture, de la grande distribution, des artisans, de l'agriculture, du tourisme c'est de leur demander « comment ça va dans votre secteur ? ».  En fonction des réponses on peut anticiper les investissements à venir, et donc anticiper les besoins en personnel avec telles ou telles compétences. 

 

Cela demande à chaque adhérent de maîtriser le domaine de tout le monde et d'anticiper la demande de l'autre ? Est-ce que vous favorisez les embauches de salariés du groupement dans les entreprises adhérentes au GE, est-ce que du coup vous l'encouragez ?
En tant que gestionnaire on ne l'encourage pas, car pour nous c'est un bon salarié qui s'en va. Par contre on ne le freine absolument pas. C’est ce que l’on appelle les « emplois tremplins », très fréquents dans l’artisanat notamment. Les entreprises commencent à travailler sur un marché, elles ont besoin de quelqu'un pour assurer un poste, mais n'ont pas de quoi payer un temps plein. Si cela se passe bien, pourquoi recruter ailleurs alors qu'elles ont déjà travaillé avec quelqu'un qui leur donne satisfaction, qui connait l'entreprise, qu’on n’a pas besoin de reformer depuis le début ?

Il y a un donc un tremplin vers l’emploi, et la personne est recrutée en direct par l'entreprise : chez nous presque 10 postes par an (sur 80) sont intégrés par les entreprises. C'est important, ça fait presque 10 %, mais les plus petits GE vont en avoir moins. 

Un des autres avantages des GE est le fait que les salariés aient vu d'autres logiques en travaillant pour plusieurs entreprises adhérentes, d'autres comportements et qu'ils aient acquis aussi d'autres compétences. C'est forcément positif pour la deuxième et la troisième expérience. 

 

Globalement, que pouvez-vous nous dire sur le dialogue social dans les GE ?
Le groupement d'employeurs est un lieu de dialogue : entre les entreprises adhérentes et les salariés permanents du groupement bien sûr, mais aussi avec les représentants des salariés mis à disposition du GE. Contrairement à ses entreprises adhérentes la plupart du temps, le GE a un comité d'entreprise, un accord d’intéressement, de participation, une mutuelle complémentaire qui un est un peu plus élevée que la moyenne : cela fait partie des bonnes pratiques qui sont installées pour fidéliser les salariés et certains ne veulent pas être embauchés de manière plus traditionnelle… Mais ce n'est pas la majorité car malgré tout le modèle en CDI « classique » est encore bien ancré dans les mœurs en France, même si les lignes commencent à bouger.

 

Pour revenir au CRGE et les différents services que vous avez évoqués, concrètement combien ça coûte à un groupement d'employeurs pour adhérer au centre de ressources des regroupements d'employeurs ?
On a une partie adhésion, avec une cotisation qui n’est pas très élevée, et on a une partie de services « optionnels ». Et on a une troisième partie qui est la formation également. Il y a donc une part fixe au départ, puis différents tarifs selon les options choisies par les groupements.

 

Les CRGE sont des acteurs importants en région, mais est-ce qu'un groupement d’Ile de France par exemple peut faire appel au service de votre CGRE ?
A l’origine les CRGE étaient des centres de ressources régionaux. Mais les CRGE existants (Bretagne, Occitanie, …) ne couvrent pas toutes les régions et le CRGE Poitou-Charentes a rapidement ouvert l’adhésion au-delà de ses frontières régionales. Aujourd’hui, nous avons des adhérents en Île de France, dans l'Est de la France, dans les Alpes, partout en France.

Encore merci beaucoup Monsieur BARCAT pour votre temps et bon courage pour votre rendez-vous !