Depuis, effectivement il s'est passé beaucoup de choses, et nous avons mené de nombreuses actions avec le CRGE qui est toujours aussi dynamique depuis plus de 20 ans !
Je vais commencer par l'accord collectif régional de la Nouvelle-Aquitaine. Seul et unique en son genre, cet accord propose un nouveau cadre plus adapté à déjà près de 500 salariés travaillant à temps partagé. Il a permis de mettre en place des règles plus précises en matière d'accompagnement des salariés mis à disposition au sein des entreprises qui composent les GE. Un point important est que, bien que ce soit un accord signé au niveau régional, tous les GE de France peuvent y adhérer !
Les conventions collectives auxquelles adhèrent obligatoirement les GE lors de leur constitution ne traitent pas du cas particulier de la mise à disposition propre aux groupements, notamment quand ils sont dits multisectoriels, c'est-à-dire composés de plusieurs entreprises de secteurs d'activité différents. Avec les organisations patronales et syndicales de la Nouvelle-Aquitaine qui ont négocié l'accord, avec le CRGE pour animateur, nous avons pallié les difficultés du droit existant en insérant des articles dédiés plus précisément à la mise à disposition de personnel.
Nous nous sommes basés sur les retours terrains des GE, en partant des bonnes pratiques existantes dans le secteur. Nous avons ainsi inséré des règles concernant la convention de mise à disposition, la question de la reprise de l'ancienneté en cas de changement d'entreprises des salariés, celle de l'intéressement, des frais de déplacement, question particulièrement importante quand on travaille pour plusieurs employeurs…
La portée de cet accord va bien au-delà du symbole, il est devenu une référence, souvent cité par les pouvoirs publics comme une véritable étape dans la stabilisation et la sécurisation du parcours professionnel des salariés.
C'est par exemple le cas du rapport RAMAIN sur la restructuration des branches d'activité, mais aussi de la Direction Générale du Travail (DGT) et la Direction Générale de l'Emploi et de la Formation Professionnelle (DGEFP). Cet accord a déjà fait l'objet d'améliorations et d'adaptations. Ce texte suit au jour le jour les évolutions et les mutations de l'emploi.
Une commission de révision a tout de suite été mise en place, comme pour une convention de branche, et elle s'est déjà réunie plusieurs fois. Par exemple, avec la multiplication du recours au travail à distance, la commission a réfléchi à la mise en place de critères spécifiques au GE pour le télétravail. C'est un accord qui vit, les partenaires sociaux sont très actifs, et il va continuer à vivre.
Cette négociation nous a d'ailleurs fait réfléchir à plus long terme et de manière plus systémique. D'abord à notre rapport aux évolutions du travail en général mais aussi au manque de compétences auxquelles font face les entreprises dans nos régions. Cela nous a naturellement conduits à regarder de plus près la situation des salariés qui aimeraient rester dans leur région, “rester au pays” comme on dit, mais qui, sans accompagnement de type GE n'ont pas d'autre choix que d'aller dans les grandes agglomérations pour avoir un emploi qualifié !
Un exemple flagrant est celui du secteur du sport. Pour exercer son métier d'entraîneur sportif en région, à temps plein, sans partage d'activité entre plusieurs structures comme le permet le GE, c'est quasiment impossible sur le long terme. Mon constat en tant que chef d'entreprise est que l'on forme des compétences sur les territoires dans beaucoup de domaines et ensuite on ne peut pas les garder parce qu'on n'a pas suffisamment d'heures à leur proposer…
Au CRGE, on a donc réfléchi avec toute l'équipe au facteur humain du travail, et on s'est confrontés aussi aux freins administratifs assez restrictifs pour les groupements d'employeurs. Nous nous sommes rendu compte que l'évolution des règles du dispositif s'était faite de manière sectorielle. GE agricole d'un côté, Groupement d'Employeurs pour l'Insertion et la Qualification (GEIQ) de l'autre…, et les GE multisectoriels au milieu de tout cela, sans que ces derniers ne soient jamais vraiment pris en compte.
Il faut briser ces barrières, qui conduisent à un raisonnement par silo, et cela nous a amenés à imaginer un GE “du futur”, un “GE unique” où les mêmes règles seraient applicables à tous.
En parallèle, nous avons rapidement rédigé un livre blanc qui a été communiqué au plus haut sommet de l'État, au Ministère du travail et de l'Économie, à Pierre-André Imbert également afin de faire valoir nos propositions. Cela a conduit à une saisine du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) par le Premier Ministre qui a repris la quasi-totalité des idées que l'on avait portées dans notre document. Nos préconisations ont globalement été entendues, même si aujourd'hui force est de constater que la mise en place tarde un peu, c'est tout de même une belle réussite.
Nous proposons aussi régulièrement des amendements aux députés de nos circonscriptions, afin de faire évoluer la réglementation relative au GE, certains ont d'ailleurs été repris par les élus ! Mais le problème est toujours le même, le gouvernement ne donne pas de réponse claire aux diverses sollicitations, ou ne répond que de manière partielle, c'est l'une des raisons pour lesquelles nous discutons en parallèle avec les partenaires sociaux.
La crise sanitaire et économique que nous venons de traverser a encore plus exacerbé les conditions fondamentales du travail auprès des entreprises mais aussi auprès des salariés et ainsi accéléré la nécessité d'agir. Donc nous agissons !